Figure de proue du merveilleux label InFine, Rone s’est imposé en l’espace de trois albums, comme l’une, sinon la référence de l’électro hexagonale. Artisan d’une musique pointilliste, où chaque son, chaque rythme est travaillé et placé avec une grande minutie, le parisien parvient à chaque début de ses lives ou introduction de ses albums à faire pénétrer l’auditeur dans un univers unique, régi par des codes bien à lui. Mouvante, évolutive, moderne, sa musique ne manque pas d’interpeller l’oreille. Son nouvel album, sobrement intitulé “Mirapolis” sortira demain.

« Mirapolis », un temps pensé comme le nom de travail provisoire de ce nouveau projet, fut le point nécessaire pour débrider l’imaginaire. Mirapolis comme le parc d’attraction qui a toujours fasciné Erwan Castex lorsqu’il était gamin. Mirapolis comme Metropolis, le chef d’oeuvre dystopique que Fritz Lang avait imaginé en 1926. Film peignant une société futuriste, robotisée, fidèle à l’image que l’on pourrait se faire de notre futur, peignant surtout une ville où les travailleurs sont sous terre et les possédants à l’air libre. Le décor est planté.

La pochette du nouvel album, réalisée par Michel Gondry est très clairement inspirée par l’affiche du film Métropolis

L’air libre et les grands espaces, c’est ce que Rone a recherché pour créer ce nouvel album. Après avoir quitté la ville il y a deux ans sur Creatures, le producteur français s’échappe ici en Bretagne pour y trouver la solitude. Car pour le producteur parisien, la solitude est synonyme de créativité et de sérénité. Une sérénité que l’on ressent tout au long de cet album parfaitement maîtrisé, de l’introduction maquillée en un véritable “Il était une fois” écrit avec des mélodies, jusqu’à la chute bien trop rapide.


Pourtant cette maturité nouvelle ne l’empêche pas de rester cet homme modeste, timide. Un éternel insatisfait, qui prend à cœur sa mission d’inventer à chaque nouvelle production, de nouveaux horizons musicaux, et tendre toujours un peu plus vers une symphonie électronique.

On le ressent, ce nouvel opus s’est affiné au contact du concert unique qui réunissait le 14 janvier 2017 Rone et les siens à la Philharmonie : François Marry (Frànçois and the Atlas Mountains), John Stanier (batteur de Battles), Vacarme (trio à cordes), Joachim Latarjet (trombone) et l’écrivain Alain Damasio. Pour ce qui restera l’un des concerts marquants de l’histoire des musiques électroniques. Marquant parce que tout y était : la tension et l’attention.

Sur Métropolis, John Stanier, génial batteur et âme sonore des non moins géniaux Battles, Gaspar Claus et Carla Pallone, sont toujours là. Damasio et ses conseils complices pas bien loins non plus. Mais Rone est quelqu’un qui ne se repose jamais sur ses acquis, toujours désireux d’ouvrir sa musique et son public à des champs plus larges. On retrouve alors sur cet album plusieurs collaborations nouvelles, surprenantes aux premiers abords, géniales dès le second.

Bryce Dessner guitariste du groupe The National, vient apposer sa touche rock sur les morceaux ‘Lou’ et ‘Everything’. Saul Williams, le poète slameur américain, vient lui transmettre sa rage et son flow si particulier en dénonçant le cauchemar éveillé que vivent chaque jour nos copains américains depuis l’élection de Trump. Baxter Dury, dandy émérite irrésistiblement british nous fait entrer dans un morceau majeur ‘Switches’ imaginé confortablement assis dans un fauteuil club. Noga Erez nouvelle égérie de l’électro hip-hop israélienne, que Rone découvre sur le net et qui l’inspire au point de réaliser un titre ‘Waves’, enregistré à distance, dans une fusion jouissive. Enfin Kazu Makino, l’ensorcelante chanteuse du groupe new-yorkais Blonde Redhead, vient clôturer l’album avec ‘Down for the Cause’, et signe ici sûrement l’un des futurs tubes de l’opus. Si les collaborations peuvent parfois surprendre, Rone qui a souvent intégré la voix sur ses morceaux (Bora Vocal, Mortelle, Let’s Go), réussi sur ce disque à produire un opus dont chaque titre est une clé pour entrer dans le suivant.

Comme à chaque fois chez le producteur parisien, les harmonies montent en cascades. Si grâce à Alain Damasio, le producteur français sait pourtant que « le problème ce n’est pas l’inspiration mais l’expiration », dans cet album on inspire plus qu’on respire. Les deux premiers morceaux ‘I, Philip’ et ‘Lou’ sont tout bonnement merveilleux. Tout ce qui fait la magie de Rone est là : émotions des grands morceaux instrumentaux, sonorités futuristes et basses féériques dont lui seul à la secret.

Puis ‘Spank’ déboule, comme la seule touche mélancolique du disque. Rone avouera que ce morceau est né en un seul jet. Voilà qui explique sûrement sa beauté et sa sincérité, qui comme pour ‘Origami’ réussi à nous faire lever les bras en nous donnant la larme à l’oeil. Nous voilà immergés dans la même sensualité progressive que le désormais culte ‘Bye Bye Macadam’, l’hymne qui nous dicte que penser et danser sont des actions qui vont si bien ensemble. ‘Brest’ et ‘Mirapolis’ et leurs rythmes entraînants, libérateurs, viennent nous rappeler le Rone que l’on aime tout autant : davantage tourné vers des sonorités clubs.

C’est ainsi que l’on navigue dans cette « Mirapolis » musicale, ville ouverte à l’émerveillement perpétuel, au désir de libération individuel, qui conduit ses habitants une fois émancipés, à vivre finalement unis et rassemblés. Une sorte de happy-end merveilleuse qui vient clôturer l’un des plus bels albums de 2017 et donner encore un peu plus de sens au titre qu’Erwan entend siffler depuis quelques temps à son oreille, celui de Maestrone.

Tracklist :

01 – I, Philip
02 – Lou (feat John Stanier)
03 – Faster (feat Saul Williams)
04 – Spank
05 – Switches (feat. Baxter Dury)
06 – Origami
07 – Wave (feat. Noga Erez)
08 – Brest (feat John Stanier)
09 – Everything (feat Saul Williams & John Stanier)
10 – Zapoï
11 – Mirapolis
12 – Down For The Cause (feat Kazu Makino)

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